AlterEgo Films : société de production et de distribution

Kinshasa Beta Mbonda

un film de
Marie-Françoise Plissart

À Kinsasha, une dizaine de jeunes musiciens percussionnistes anime le quartier populaire de Barumbu. Ce sont les Beta Mbonda, des anciens délinquants issus de gangs violents -les Kulunas-. La musique a donné un nouveau sens à leur vie et a scellé leur amitié. Entre petits boulots et improvisations musicales, ils inventent des rythmes et chantent les difficultés de la vie quotidienne avec un esprit de jeu aux apparences légères. Tel un choeur grec, à partir d'instruments traditionnels ou d'objets banals, leurs chants résonnent dans l'espace de Kinshasa et se font l'écho d'une ville-Monde à la dérive.

2019 / 52' / 16/9 / couleur / Dolby stéréo 5.1

supports d'exploitation : DCP, Digital, Blu-Ray

VO Lingala ST FR / ST EN

assistante réalisation : Junior Lienga
prise de vue : Marie-Françoise Plissart
prise de son : Félix Blume
montage image : Laurence Vaes
montage son : Valène Leroy
mixage : Aline Gavroy
étalonnage : Michaël Cinquin
bruitage : Philippe Van Leer
traduction lingala : Pamela Motoke, Fwankenda Sungu Alain Irénée
producteurs délégués : Sophie Bruneau, Serge Kestemont

une production alter ego films et luna blue film en coproduction avec la RTBF, Shelter Prod et avec l'aide du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

ISAN 0000-0005-5861-0000-3-0000-0000-S

Contact promotion et diffusion :

CBA Centre de l'audiovisuel à Bruxelles
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Kinshasa Beta Mbonda de Marie-Françoise Plissart

Kinshasa cinéma

Ils sont là. Une dizaine d’hommes noirs. Face caméra, regards caméra. Ils se balancent, frappent dans leurs mains, chantent. Litanie, pulsion lancinante : « Kinshasa, Kinshasa, ville pleine de problèmes ». Rythme lent et profond, du plus profond d’eux-mêmes. A tour de rôle chacun se place devant les autres. Il dit en quelques mots, quelques phrases, son histoire. Rap slamé, improvisé, paroles délivrées d'un monde d'avant. Ils disent leur passé criminel. Les "kulunas", c'est leur nom, cela veut dire bandits. Ils ont volé, racketté, violé. Ils ont touché aux armes et fait de la prison. Errance, délinquance, déraison. Ils disent comment ils ont rencontré le mystère, la mystique des tam-tams. Ils disent pourquoi la musique est devenue une part d'eux-mêmes. Une nourriture. Ils disent vrai, du vécu, au quotidien. Exorcisme et exutoire. Aujourd'hui, ils ont changé de vie. Ils demandent et se demandent pourquoi tant de misères, tant de souffrances ? Pourquoi tant de richesses dérobées ? Gouvernement de la souffrance. Ils prennent parti. A nous de redresser le pays, réparer nos vies, devenir nous tous.

Ils sont là, ensemble, un groupe. En un plan, un seul plan, un plan séquence, une évidence. Tout est là. Tout est là qui ne demande qu'à se déployer.

Et c'est précisément ce déploiement qui va être au centre du projet du dernier film de Marie-Françoise Plissart, Kinshasa Beta Mbonda. Partant de ce premier plan puissant au point de faire craquer les coutures de son cadre, elle cherche à prolonger les mots déjà entendus mais pas encore écoutés, à amplifier les gestes déjà vus mais pas encore regardés. Son propos n'est pas de faire le portrait d'un groupe de musiciens, pas plus que le récit d'une aventure entre galères et succès éventuel. Ici ni portrait, ni récit mais un collage savant de séquences qui, tels les fragments d'une mosaïque en images, agrandirait le dessein du premier plan en lui donnant plus d'ancrage, plus de corps, plus d'espace.

Proposition périlleuse, écriture expérimentale dont la cohérence n'est pas donnée d'avance. Car comment d'un côté déplier ce qui se cache dans les non-dits de ce fameux premier plan et de l'autre trouver une forme juste qui ferait se répondre les différentes séquences sans tomber dans le piège d'un puzzle à la résolution impossible...

La réussite de Marie-Françoise Plissart tient dans plusieurs parti-pris qui tous relèvent de ce que le cinéma a de plus inventif.

D'abord en construisant son film à partir de situations saisies dans la vie quotidienne de ces musiciens : répétitions, déplacements, petits boulots, réparations, enterrement, jeux, errances.  Elle va travailler chaque séquence comme un moment particulier d'un parcours dont le périple et surtout la situation générale sera de l'ordre d'un hors-champ toujours invisible mais progressivement identifiable.Et c'est en donnant toute son importance aux lieux lors de la construction de ces instants singuliers, en filmant en de longs plans fixes l'espace public, urbain, et en y inscrivant la vie de ces musiciens en apprentissage d'eux-mêmes, qu'elle va faire surgir en nous une image impossible, celle d'une mégapole au bord de la faillite, Kinshasa.

Ensuite par la distance si particulière de son regard. Dans sa façon de filmer les musiciens, elle va trouver une forme de regard complice qui s'arrête là où commence l'intimité de ceux-ci, leur laissant une part d'ombre, de mystère. C'est comme si en accentuant légèrement cette distance, par cet arrêt, cette limite, elle rendait plus manifeste ce que les mots et les gestes ne disent pas. Il y a beaucoup de pudeur dans cette manière d'habiter par le regard une relation et c'est celle-ci qui va lui permettre de faire naître derrière les mots et les paroles des musiciens, tantôt groupe, tantôt singularités, cette évidence que leur ville, Kinshasa, incarne un pouvoir appelé à disparaître.

Enfin parce que Marie-Françoise Plissart développe un point de vue et qu'elle le met à l'épreuve de l'autre. Dans sa façon d'avoir voulu son film et dans la prise de risque que cela suppose, il y a un désir qui relève du politique et qui traverse en l‘unifiant tout le mouvement du récit. Car à bien y regarder, que filme la cinéaste sinon des hommes qui dans une situation quotidienne extrême s'organisent et font force ensemble. Et que nous dit Kinshasa Beta Mbonda si ce n’est qu'il nous faut prendre possession d'un espace et d'un temps qui est le nôtre, c'est-à-dire un lieu et un moment qui s’improvisent et se partagent et que vivre ensemble, créer ensemble, est une expérience collective qui s'invente tous les jours. Et ce n’est pas ce message qui est politique mais le fait que par le cinéma, il trouve en nous un écho immédiat, qu’il nous relie en quelque sorte à cet ailleurs le faisant déjà nôtre, ici et maintenant. 

Philippe Simon

Signelazer