AlterEgo Films : société de production et de distribution

le prince miiaou

un film de Marc-Antoine Roudil

Maud-Elisa Mandeau-le Prince Miiaou est une jeune chanteuse-guitariste-compositrice de rock. Au printemps 2010, elle se lance dans la réalisation de son troisième album. Pendant un an et demi, la caméra accompagne au plus près l'ensemble du processus de création musical, de la page blanche au concert. Le Prince Miiaou donne à voir et à entendre ses difficultés, ses efforts et ses doutes, à travers une mise à nu de son travail, de sa musique, de soi.

2012 / 102’ / 16/9 / couleur / Dolby stéréo 5.1
visa d'exploitation 129 630
supports d’exploitation : DCP / HD CAM / Beta Num 
VO : FR / ST ENG

image : Marc-Antoine Roudil
son : Damien Turpin et Marc-Antoine Roudil
montage image : Philippe Boucq
montage son : Bruno Schweisguth
mixage : Aline Gavroy

producteurs délégués : Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil

Une production alter ego films avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Première projection du film suivie d’un concert du Prince Miiaou le 26 mars 2012 au Centre Georges Pompidou dans le cadre du Cinéma du réel 2012 (hors compétition)

Sortie salles France : 16 octobre 2013


Distribution et ventes : alter ego films


Elle a de larges yeux. 
La bouche est boudeuse, mobile, charnue. Le cou gracile, et d’enfance. Le sourire aussi est d’enfance, quand il éclate, quand elle le dégoupille, quand elle dégaine.
Parce que c’est elle qui est vue ; c’est elle qui est regardée, montrée, touchée ; elle, elle et encore elle ; elle têtue ; en biche têtue ; elle blonde oxygénée, racines noires ; elle, les mains longues, les cuisses longues,  les bras minces, muscles jeunes et dessinés sous la peau ; elle labile ; elle de tout près, elle de très près ; elle à pleines goulées, elle plein les yeux.
Elle qui  a faim. Elle dit j’ai faim ; mais elle ne mange pas ; ça ne mange pas dans ce film ; ca fume, ça roule des cigarettes, ça boit du café, ça fait du café, et les cendriers sont pleins, débordent sur les tables dans le désordre des pièces de la maison . 
La maison respire autour ; des photos sont punaisées au mur, une voiture d’enfant curieusement mauve et des bottines blanches sont abandonnées sur le carrelage, un insert se carre dans la cheminée, c’est une maison longue et basse où des jeunes font leur musique. 
Ils la font, ils s’en occupent, ils ne font que ça, ils ; enfin elle surtout ; il y a des garçons, ils sont là, des garçons, des hommes, quatre, dont le frère, Benjamin, qui discute sec devant les ordinateurs ; ils sont gravement frère et soeur, enfoncés dans le travail ; elle dit, elle lui dit, ça m’agresse là tu m’agresses, et elle le griffe du regard, et c’est presque une caresse, aussi, rieuse, l’enfance n’est pas loin, l’enfance féline.
Ils la font ; et elle fait, elle surtout ; elle cherche, elle chante, elle gratte, elle invente, elle passe sa main sur son visage, sur son front ; elle y va, elle monte au créneau, elle attend, elle recommence, elle ferme les yeux, elle guette, elle écoute en dedans,  elle ôte le casque, elle remet le casque, elle ne lâche pas
Dehors le vent, des noisetiers, des tilleuls, un chemin, le vent encore, des oiseaux égosillés ; une fois, une fois seulement, elle sort, elle est dans le jardin, attablée, avec une tasse de café encore, le soleil est sur elle, et elle allonge ses mains en visière sur ses yeux fermés.
Elle travaille.
Elle découpe aussi, colle et griffe avec un outil pointu les boitiers  pour les albums ; c’est dans un atelier rangé ; elle fait tout ; elle grave sa griffe ; elle est en vert, debout derrière une machine verte. Les autres fois, presque toute, le rouge est sa couleur ; le rouge est mis.

Plus tard on la retrouve, on les retrouve sur scène, dans la lumière découpée. 
On l’entend encore respirer. On ne perd pas son corps. 

Marie-Hélène Lafon  

article paru dans les Inrockuptibles n°933 du 16 octobre 2013

La création d’un album de rock, filmée avec une rigueur rare.

Chanteuse pop-rock plutôt convaincante, Maud-Elisa Mandeau, alias Le Prince Miiaou, prépare et enregistre son troisième album en 2010. Le documentariste Marc-Antoine Roudil filme pendant un an et demi les étapes de ce travail acharné. Filmage frontal et rigoureux sans digressions visuelles. Très peu de plans de coupe sur l’environnement de la maison à la campagne où la chanteuse élabore opiniâtrement sa maquette sur son ordinateur. Concentration extrême. Une longue partie documente cette dimension monacale. Austérité presque exotique dans le contexte pop.

On a rarement l’occasion de voir le travail artistique filmé, encore moins l’élaboration d’un album. A côté, les moments similaires de One + One ou Soigne ta droite de Godard font figure de zakouskis. Ici, c’est une véritable anatomie du métier du rock à laquelle se livre le cinéaste. Voir la suite : long compte rendu du manager de la chanteuse sur ses rencontres avec les directeurs artistiques des maisons de disques, puis enregistrement de l’album avec un groupe, incluant certains aspects fastidieux (répétition d’une même phrase pendant quinze minutes). Et enfin, concert. Rarement un documentaire aura offert une telle vision in extenso d’un artisanat (soit-il rock). Admirable

Vincent Ostria  

article paru dans Le Monde du 15 octobre 2013

"Le prince miiaou" : rockeuse indépendante


En 2006, Marc-Antoine Roudil coréalisait avec Sophie Bruneau, Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, un documentaire édifiant sur la souffrance au travail. Le film enregistrait avec sobriété la parole puissante de ceux que la vie professionnelle avait rendus malades. Sept années plus tard, le réalisateur déplace ses investigations sur le terrain artistique, en suivant le travail de Maud-Elisa Mandeau, alias le Prince Miiaou.
Derrière ce nom de scène félin, se cache une artiste exceptionnelle de 29 ans, originaire de Charente-Maritime, qui est à la fois chanteuse, guitariste et compositrice de rock indé. Un vrai talent qui se double d’une personnalité pugnace. A l’origine de trois albums autoproduits (un quatrième va bientôt sortir), chantés en français et en anglais, la jeune femme s’est forgé une place à part dans le paysage rock français. Son chant rageur, lacéré par des mélopées farouches et caressantes lui ont valu, à juste titre, d’être comparée à PJ Harvey, ce qui n’est pas le moindre des compliments. On lui trouvera, pour notre part et du côté du cinéma, une ressemblance avec l’actrice Florence Loiret-Caille, ce qui devrait donner envie aux cinéphiles de s’intéresser à son univers. Imposant une griffe musicale très personnelle, avec ses chansons tout en strates ravageuses, Le Prince Miiaou échappe aux tentatives de formatage
La singularité de cette artiste complète n’a pas échappé à Marc-Antoine Roudil qui, pendant près d’un an et demi, a été le témoin privilégié de la naissance de l’album Fill the Blank With Your Own Emptiness, sorti en mars 2011, et qui a rencontré un beau succès. Des premières notes, grattées sur une guitare, au concert donné à l’Olympia, il aura consigné en images un processus créatif laborieux.
Car Maud-Elisa Mandeau n’est pas artiste à se complaire dans les facilités et les évidences. Eternelle insatisfaite, elle cherche, expérimente et reprend son ouvrage, inlassablement. Ses interrogations et ses tâtonnements de tous les instants alimentent la réflexion qu’avait engagée Marc-Antoine Roudil sur le labeur et son pouvoir d’aliénation. Mais la souffrance, liée ici aux affres de la création, est transcendée par la finalité artistique. Pour apprécier le film à sa juste mesure, il faut que le spectateur accepte, lui aussi, les moments de vacance, de doutes et d’errements. En ce sens, ce portrait s’adresse davantage aux fans de l’artiste qu’aux néophytes.
Complice des atermoiements de la compositrice qui commente ses recherches et lui fait part de ses doutes, le réalisateur a établi avec elle une belle complicité. C’est grâce à la qualité de cette relation et à la confiance qu’il a su installer, qu’on s’immisce dans l’élaboration toujours un peu mystérieuse d’un disque.
Le film procède d’un subtil élargissement, à mesure que progresse la confection de l’album. Il s’ouvre sur un gros plan de l’artiste qui scrute son écran d’ordinateur pour s’achever sur sa silhouette gracile, filmée en plan large sur scène. De la proximité à l’éloignement, on verra dans ce mouvement, une manière pour Marc-Antoine Roudil de rendre symboliquement sa liberté à une chanteuse qui en est farouchement éprise.

Sandrine Marques

article paru dans Télérama n°3327 du 19 octobre 2013

Comment se crée la musique ? Qu'est-ce qui fait qu'un accord est choisi plutôt qu'un autre ? Le documentariste Marc-Antoine Roudil (coauteur du formidable Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés) s'est fait tout petit pour suivre au quotidien l'élaboration d'un album, conçu par la chanteuse Maud-Elisa Mandeau, alias Le Prince Miiaou, dans sa chambre-studio. On voit la musicienne, toute menue de taille, mais forte dans son implication perfectionniste, chercher, tâtonner, tenter, sécher, s'enflammer, réécouter, se décourager, les mains sur la guitare ou sur la souris de l'ordinateur (qui lui permet d'enregistrer et de mixer). Un work in progress patient et obstiné, passionnant, tant sur la manière d'accéder à une musique en train de naître que sur la musique elle-même : un rock hirsute et fluide, fait de ruptures, de couches et de collages, autoproduit par une femme de tempérament.

Jacques Morice




Patience et longueur de temps

Présenté en mars dernier au Cinéma du Réel, Le Prince Miiaou bénéfice, grâce à Zeugma Films, d’une sortie en salles.
Il suit la réalisation, au printemps 2010, du troisième album de Maud-Élisa Mandeau – alias Le Prince Miiaou – de la conception des premières notes jusqu’au premier concert. Ce documentaire est à la fois une plongée dans les affres de la création, un portrait en creux de son artiste et la découverte d’un univers musical singulier que le cinéaste sait capter avec application et persévérance.

Qui n’a jamais éprouvé le désir de saisir à la volée un moment d’inspiration, cette chose fugace qui parfois nous traverse et s’estompe aussitôt ? Qui n’a jamais ressenti la curiosité naturelle, de comprendre comment s’organise ce petit quelque chose, cette intuition qui mènera à la constitution d’une œuvre ? On peut aisément imaginer que c’est ce type de questionnements qui a mené Marc-Antoine Roudil à la rencontre de Maud-Élisa Mandeau pour développer, sous couvert d’une belle confiance mutuelle, ce passionnant long-métrage. Reclus dans la maison de campagne de l’artiste, qui compose seule avec ses instruments et son ordinateur, Roudil réussit à pénétrer cette sphère intime et à faire oublier sa caméra. Il saisit alors les avancées et les doutes, la frustration du travail qui avance lentement, parfois régresse, et surtout la pugnacité de la musicienne, qui revient toujours au charbon, peaufinant les détails et les arrangements musicaux.

La méthode de tournage de Marc-Antoine Roudil est simple, mais elle porte ses fruits. Il s’agit de prendre son temps, à passer de longues sessions d’écriture et de composition avec la musicienne, afin de lui permettre d’apprivoiser la caméra et de capter, derrière le strass, l’éprouvant labeur de la création. À ce titre, le film documente autant le travail de composition que celui du cinéaste, rivé derrière sa caméra durant de longues heures, astreint à un devoir de réserve quant aux errances de l’artiste – qui justement le prend parfois à partie. C’est donc dans la durée des plans que s’échafaude la maquette de l’album, avec son lot d’euphorie et de renoncements, jusqu’à l’enregistrement, en petit comité, de la version finale de l’album. Le montage de Roudil, qui découpe le film en autant d’étapes de production (écriture, plusieurs phases d’enregistrement, mixage, répétition, concert) est d’une clarté bienvenue, et sait « choisir » ses morceaux sans donner le sentiment de transiter par des passages obligés.

L’humilité de la mise en image, qui cherche simplement à « rendre compte » – à la manière de celui qui se sait privilégié d’avoir été invité à assister à ce processus, et qui ressent le besoin de le partager – contraste avec le caractère haut en couleur de la musicienne. Le portrait pourrait presque être ingrat si elle n’était pas d’une désarmante sincérité, honnête et dure avec son travail, dans lequel elle met à la fois toute l’arrogance de la jeunesse et l’exigence de ceux qui vivent d’un métier qui les passionne. Son impatience pendant les prises de son (notamment l’enregistrement du chant), son désir de réussir, ses errements sont autant de petites choses que le cinéaste aura réussi à percevoir sans les souligner, à comprendre sans les voler. Entre ce caractère volcanique et le calme d’un cinéaste patient, il y a le labeur en commun, une complicité implicite qui a la modestie de ne pas s’afficher à l’écran, qui font de ce Prince Miiaou à la fois une belle rencontre et un document très estimable sur la création.

Julien Marsa
www.critikat.com 

article paru dans Images documentaires N°78/79 - Décembre 2013

Le Prince Miiaou 
Belgique
Réalisation : Marc-Antoine Roudil
Production : alter ego films 2012
Distribution : Zeugma Films 

Derrière cet intitulé, « Le Prince Miiaou », se trouve non pas un quelconque aristocrate félin, mais le nom de scène de Maud-Elisa Mandeau, musicienne, et même jeune femme-orchestre passant avec dextérité de la guitare au clavier, des percussions à la basse et à la programmation de la réverbération de pédales. Elle compose en solitaire un son pop-rock sophistiqué, avec un évident talent et une forte exigence. Si elle se peuple peu à peu (d’un manager, d’un ingénieur du son et de quelques musiciens), l’entreprise prend largement place dans une maison d’où se dégage une impression d’insularité. On assiste aux premiers accords incertains dans cet endroit, à tout le cheminement ensuite, jusqu’à ce que Le prince Miiaou se termine, après l’enregistrement et les répétitions, par l’exécution d’un concert sur scène. Cette amorce du travail - et sa suite - se fait en présence d’un ordinateur et de Marc-Antoine Roudil qui suit le processus de production du second album de la jeune artiste. On remarque d’ailleurs que le tout premier plan du film intervient du point de vue de ce compagnon de route informatique, qui semble épouser le regard de ces petites caméras dont les écrans sont désormais pourvus – même si la qualité de l’image laisse à penser que le cinéaste a plutôt filmé en singeant ce type de point de vue. Quoi qu’il en soit, cette façon d’amorcer le film annonce la frontalité ; Marc-Antoine Roudil ne tourne pas autour de Maud-Elisa Mandeau, il privilégie le plan fixe et les opérations de mise en scène apparaissent dans leur nudité : « tourne-toi par-là » lui demande t’il au début du film alors qu’elle est s’est saisie de sa guitare pour rechercher quelque riff. On tient ici, littéralement, l’intention du cinéaste : placer le spectateur en présence du travail créatif, précisément en face – y compris le concert final, alors qu’on peut penser que Marc-Antoine Roudil avait la possibilité et le choix de filmer depuis les coulisses ou d’un coin de la scène. Dans cette idée de face-à-face, on remarque d’ailleurs que le cinéaste n’officie pas avec sa complice habituelle Sophie Bruneau, ce que l’on peut éventuellement comprendre  comme la nécessité que la solitude du processus de création de la musicienne soit accompagnée de celle du filmeur. Il y a dans ce 1 + 1 un pacte filmique qui frappe par sa logique et son évidence.

Lorsque l’on connaît le cinéma de Marc-Antoine Roudil (et Sophie Bruneau), on ne s’étonne pas de l’austérité du dispositif, de l’absence de fioriture et de la patience avec laquelle se déploie – par blocs homogènes – un film en forme de work in progress portant sur, précisément, un work in progress. Il ne pouvait y avoir d’autres jalons que la progression du travail de Maud-Elisa Mandeau ; on est ici en présence d’un rail scénaristique auquel se plie sans sourciller, le film et son réalisateur. Dans son approche du travail créatif, le cinéaste sans délaisser le second terme, s’intéresse beaucoup au premier. Et la notion de travail conduit naturellement à la question de la production, à prendre ici dans son sens premier. En insistant sur sa dimension artisanale bien loin du glamour et du folklore rock, allant jusqu’à intégrer le travail manuel – la jaquette du disque est travaillée par la musicienne sur du bois, au burin et poinçonnée sur l’établi d’un atelier. Et qui dit production dit producteur ; c’est tout le sens de ce segment avec le manager revenant de chez Barclay, lequel met en tension raison économique et raison artistique – « Où est-ce qu’ils veulent m’emmener ces gens là ? » s’interroge Maud-Elisa Mandeau face à son interlocuteur. Sur cette question du travail, il est tentant de considérer que le face-à-face du dispositif de mise en scène est, en fait, un jeu de miroir et une mise en abyme du travail du réalisateur officiant dans le cadre de cet étrange art industriel qu’est le cinéma. Une autre correspondance musique-cinéma se joue aussi dans l’assemblage ; l’album et le film émanent  en effet de l’agencement par le montage d’une multitude de fragments. Il est d’ailleurs marquant que Maud-Elisa Mandeau se reproche à deux reprises sa propension au remplissage et à l’empilement, elle le fait d’une manière qui pourrait être celle d’un cinéaste craignant de trop tourner en amassant les heures de rushes ou encore de s’adonner à quelque sursignification. Maud-Elisa Mandeau et Marc-Antoine Roudil avancent ainsi pas à pas dans un film limpide où la discrétion des interventions ne doit pas faire oublier la pertinence et la précision des choix cinématographiques. Ceci prend forme dans un système de reconnaissance, de compagnonnage et d’échos entre un filmeur et une filmée, un cinéaste et une musicienne, deux travailleurs artisanaux, rigoureux et passionnés.

Arnaud Hée

Signelazer