AlterEgo Films : société de production et de distribution

La cinquième saison

un film de Caroline Baudoin

Gaby et Françoise, 78 ans chacun, exploitent une petite ferme de 20 bêtes en Ardenne belge. Un jour, Gaby déclare à sa petite fille cinéaste : « Si tu veux me filmer, il faut que tu le fasses maintenant, parce que bientôt, c’est fini, j’arrête tout. »

2009 / 56'/ DVcam /  4/3 / Couleur / stéréo

réalisation, image et son : Caroline Baudoin
montage image : Vincent Scouman
montage son : Aurélia Balboni
mixage : Philippe Charbonnel

Producteurs délégués : Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
Productrice associée : Christine Pireaux

Une production alter ego films en coproduction avec Wallonie Image Production WIP, avec le soutien de la Province de Luxembourg, de la Région wallonne et de la Commune de Libin

Distributeur et ventes en Belgique : alter ego films / WIP
DVD : éditions alter ego films

Qu’est-ce qui me touche tant dans La cinquième saison, ce premier essai documentaire de Caroline Baudoin, jeune cinéaste ardennaise ? Bien sûr, il y a ce que l’on pressent, suggéré sans insistance au détour de quelques plans et qui tressaille sans cesse à l’image : la fragilité d’une clôture aux abords d’un ruisseau, la gravité d’une situation, l’inquiétude que l’on devine dans les conversations évoquant le devenir des terres, la fin d’un monde ancien, l’extinction des derniers paysans.

La cinquième saison serait ainsi un drame social fonctionnant tel un compte à rebours comme la chronique d’une mort annoncée, celle des petites fermes familiales ancestrales, vaincues par l’économie libérale et balayées par la mondialisation. Et bien sûr, tout cela bouleverse. Pourrait-il d’ailleurs en être autrement alors même que ce que l’on voit à l’écran – ce rapport affectif au bétail, les outils, les gestes - aura probablement disparu dans cinq ans, d’ores et déjà promis au tourisme vert ?

A mes yeux pourtant, la justesse du film de Caroline Baudoin vient d’ailleurs et doit moins à son sujet qu’à sa façon si personnelle de se situer face à lui, autobiographique et impliquée, choisissant de filmer les siens à partir de ses propres blessures personnelles et de ses propres réminiscences enfantines.

Car au fond, La cinquième saison est d’abord son histoire, celle d’une jeune réalisatrice montée à la ville qui, en dépit de ses origines rurales et de ses études de cinéma, ne savait toujours pas qu’une vache se filme évidemment par le cul, autrement dit du côté de l’imprévu. Quand elle l’apprend, par son grand-père, fermier entêté refusant toujours de prendre sa retraite, il est trop tard, le film a déjà commencé et « papy », comme elle l’appelle, en a largement pris les commandes.

Caroline a beau tenir la caméra, le metteur en scène, c’est lui, organisant le tournage comme il s’occupe de sa ferme, décidant de tout, jusqu’à la durée de certains plans comme lorsqu’il coupe d’autorité la lumière en pleine scène du repas, jugeant qu’il faut un temps pour tout, un pour la soupe, un pour le cinéma. Quoiqu’elle fasse, Caroline reste pour lui la gamine, la fragile, celle qui n’a jamais vu une bête mettre bas. Ainsi La cinquième saison est-il aussi un beau film amoureux, celui d’une petite fille qui rend hommage à ses aïeux comme on honore ses racines.

Patrick Leboutte, critique de cinéma.

Gaby et Françoise, « petits » fermiers à Rossart.

Le film s’ouvre sur une scène au champ. Gaby veille à ce que les ballots s’évacuent de la presse sans encombre. À quelques mètres, sa petite-fille, Caroline Baudoin. Une caméra à l’épaule. Les premières secondes de son film-documentaire « La cinquième saison ». Le grand-père avait dit à la jeune réalisatrice, encore étudiante à l’Insas : « Si tu veux me filmer, il faut que tu le fasses maintenant, parce que bientôt, c’est fini, j’arrête tout… » La cinéaste l’a compris. Durant deux ans, elle va suivre Gaby, et son épouse, Françoise, au rythme des saisons. Quatre-vingts ans chacun. Profession : agriculteurs, tous les deux.

Des « petits » fermiers, à Rossart (Bertrix). Une vie de labeur. Les corps sont usés. Caroline Baudoin livre un témoignage intimiste sur le quotidien d’une exploitation familiale. Les gestes, les rencontres ou encore les chamailleries. « J’ai voulu évoquer leur rapport à la terre, aux animaux… Rendre extraordinaire l’ordinaire. J’ai redécouvert avec passion leur travail », précise-t-elle. Cette plongée de 56 minutes est moins un portrait d’une forme d’agriculture en voie de disparition qu’une histoire d’hommes et de femmes passionnés.

La Province a aidé à la production de « La cinquième saison ». Le film servira d’ailleurs d’introduction à une démarche prospective sur l’agriculture en 2030, commandée par le député René Collin. Le 16 juillet, il sera diffusé en avant-première au cinéma « L’écran » (Libramont). « J’espère qu’après, il pourra être diffusé un peu partout », sourit Caroline Baudoin. Aux dernières nouvelles, Gaby serait plutôt décidé à ne pas raccrocher tout de suite…

Nicolas Druez, Le Soir.be

Article paru dans L’avenir, le 21 Décembre 2010 BERTRIX

Caroline Baudoin, jeune cinéaste, a filmé Gaby et Françoise, ses grands-parents, fermiers à Rossart : «La Cinquième Saison». Ce récit est un beau témoignage sur le patrimoine familial. Un premier film d'une jeune femme observatrice, curieuse et soucieuse de ses contemporains. Caroline, la petite-fille, a senti le bon moment : «C'était le facteur déclenchant, quand mon grand-père m'a dit : "Si tu veux me filmer, c'est maintenant, parce qu'après, c'est fini, j'arrête tout".

J'ai senti une partie de mon monde vaciller. » Dans certains plans, il est plus question de suggestion, par un simple regard, un geste de la main, que de dire ou de voir... parce qu'il est parfois inutile de vouloir tout montrer. C'est un monde ancien qui est peint depuis un oeil «découvreur», complice par les gènes. Saisonnier, qui parle à beaucoup d'Ardennais. Caroline a d'abord commencé par des repérages chez ses grands-parents : «Bien sûr, je ne connaissais pas tout d'eux.

J'ai redécouvert, avec mes yeux de cinéaste, les gestes immémoriaux, les rapports avec les bêtes et la terre, la vie d'un couple âgé. » Gaby et Françoise étaient vifs face à la caméra. Naturels aussi. «J'ai alors su que je devais filmer seule - sans cadreur, sans preneur de son - parce que mes grands-parents n'auraient pas le même comportement en présence d'autres personnes. »

Elle ajoute : «Je crois qu'aujourd'hui ce film parle aux Ardennais parce qu'ils s'y reconnaissent. Les scènes quotidiennes qu'on y voit leur rappellent ce qu'ils sont, ainsi que leurs parents, leurs proches. » «On y voit l'image type du têtu ardennais» Le tournage du film s'est étalé sur deux années : il fallait immortaliser les quatre saisons. Il a été présenté dans les cinémas en 2009. Caroline Baudoin sort à peine de ce projet, qui aura duré plus de quatre ans. «Il n'y a pas que les Ardennais qui sont touchés par ce film, pas que les habitants de la province de Luxembourg. Pour moi, c'est en partant de l'intime, la vie de mes grands-parents, en l'occurrence petits fermiers - qu'on va vers l'universel : la vie des autres et de tous les petits fermiers. »

Dans la discussion, touchante, Caroline dit avoir été émue par la scène où Gaby enfonce ses piquets dans un champ où court un ruisseau ainsi que des piquets à l'infini. «Certains m'ont dit qu'on y voit l'image type du têtu ardennais. D'autres y voient un homme en accord avec la nature, son travail, son Dieu... et son chien. J'ai aussi adoré tourner la scène de la césarienne. C'était la première fois que j'en voyais une. Avec une grande part d'excitation. À ma connaissance, c'est aussi le seul film où l'on voit une césarienne.» Et elle sourit : «J'aime aussi la beauté de ce couple âgé. »

Marielle Gillet

La cinéaste Caroline Baudoin a filmé ses grands-parents

ROSSART "Si tu veux me filmer, il faut que tu le fasses maintenant parce que, bientôt, c'est fini, j'arrête tout..." Parole d'un agriculteur à sa petite-fille. Parole de Gaby à Caroline Baudoin, encore étudiante à l'Insas. "Cette annonce a déclenché en moi la nécessité de réaliser un film avec lui", explique-t-elle. Aujourd'hui, la jeune femme est diplômée. Et sa carrière de cinéaste démarre par un film-documentaire sur Gaby et son épouse, Françoise, dans La cinquième saison . Leur petite-fille les a suivis, une caméra à l'épaule. Deux années de tournage au fil des quatre saisons, dans la ferme familiale à Rossart. Un petit village, dans la commune de Bertrix. Une petite ferme par le modèle d'agriculture qu'elle propose, avec sa vingtaine de bêtes.

Mais une grande richesse humaine. Un témoigne intimiste, vu de l'intérieur. Caroline Baudoin filme les gestes du quotidien, les humeurs, les rencontres... "J'ai pris le temps et j'ai laissé la place à l'imprévu", enchaîne la réalisatrice. "Ce qui m'intéressait, c'était leur quotidien. Rendre extraordinaire l'ordinaire. Je me suis dit que c'était maintenant ou jamais. J'ai redécouvert avec passion tout leur travail." Durant 56 minutes, le film-documentaire décrit cette passion, à travers un vêlage, les ballots pressés au champ, la réparation d'une clôture et d'autres scènes. "Comme j'ai filmé seule, ils étaient en confiance. Ils ont pu s'exprimer librement", raconte cette Ardennaise attachée au Luxembourg. La Province, mais l'institution cette fois, a décidé de lui donner un coup de pouce.

"Ce film servira d'introduction à une démarche prospective sur l'agriculture luxembourgeoise en 2030", indique le député provincial, René Collin (CDH). La cinquième saison sera diffusée en avant-première le 16 juillet, au cinéma L'Écran (Libramont).

N. Dz. le 7 Juillet 2009

"La cinquième saison", témoignage d’un patrimoine très bientôt disparu

Le film, intimiste, de Caroline Baudoin, retrace la vie au quotidien dans la ferme de ses grands-parents… "Quand j’aurai mes bêtes en prairie et que la saison sera terminée, j’arrêterai la ferme et je vendrai tout. - Je ne te crois pas. Pourtant tu ne vas pas, à ton âge, continuer à travailler comme ça. - En fait, je continuerai jusque quand je ne saurai plus. Que veux-tu que, sinon, je fasse de ma journée ? J’ai refait la clôture de la pâture, c’est parti pour trois ou quatre ans."

Ce dialogue entre un agriculteur de Rossart (Libin), Gaby Baudoin, et son épouse, a été le déclic pour sa petite fille, Caroline. Cinéaste de 29 ans, elle a décidé de filmer le quotidien de ses grands-parents dans leur petite exploitation familiale. Sans nul artifice, en toute simplicité. Ce qui a débouché sur un film documentaire riche de témoignage humain, "La cinquième saison", qui accroche le spectateur tout au long de ses 57 minutes, pour une soixantaine d’heures de rushes.

Dans ce film, présenté samedi à la foire agricole de Libramont, Caroline Baudoin emmène le spectateur dans les champs, dans l’étable, dans la cuisine où les marchands de bestiaux, les agriculteurs des villages voisins échangent - autour de l’incontournable tasse de café et de la non moins incontournable tartine beurrée - des propos sur la vie agricole et ses difficultés pour les petites exploitations familiales, qui disparaissent de nos villages. Et sur les difficultés qui attendent les jeunes exploitants. Avec, derrière des propos souvent teintés d’humour et de bon sens paysans, cette question incessante de savoir si on arrêtera bientôt ou pas l’exploitation. Et un surprenant mélange de lassitude et d’envie de continuer. "La cinquième saison", c’est bien sûr la nostalgie d’un monde en voie de disparition. Mais c’est surtout la mise en mémoire d’un patrimoine agricole et humain qui sombre à toute vitesse. Et qui correspond on ne peut mieux au thème de cette année de la foire agricole, "Agriculteur, bien plus qu’un métier". Un métier extraordinaire dans la manière de faire avec passion tous ces petits gestes quotidiens, qui n’échappent pas à la caméra. "Ce tournage m’a permis de redécouvrir la vie et la manière de faire de mes grands-parents. Ce n’est pas plus facile de filmer sa famille. Elle ne voit pas toujours l’intérêt de filmer sa propre vie. J’ai essayé de les convaincre tout au long du tournage. Ils ont fini par oublier la caméra", explique Caroline Baudoin. Gaby Baudoin, présent à cette projection, ne s’est pas encore résigné à vendre bêtes et terres.

M. VDM. le 26 Juillet 2010

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